A la ferme à Mélénchon, hiya hiya ho, y’a des centaines de moutons, hiya hiya ho…

Les violentes manifestations en France dirigées par la CGT viennent d’atteindre un niveau sommet d’indignité et inhumanité. Pour justifier le vandalisme contre de l’Hôpital pour Enfants Necker et contre l’Institut des Jeunes-Aveugles, il fallait trouver des motifs non seulement irréprochables mais nobles…Face au dépit que leur dégradation morale et matérielle engendre au sein de la population, c’était devenu plus difficile, car on ne pouvait pas trouver un lien entre capitalisme et un lieu pour les enfants…il fallait invoquer, sans aucune vergogne, la Résistance…! Ah! la Résistance,  cette Résistance que si peu de Français d’extrême gauche ont réellement faite.

Notamment ceux « de gôche » dont des plus éminents, les vrais modèles et pères spirituels de l’actuel président normal, comme Mitterrand, furent décorés de la Francisque 2202 de Vichy, par un certain Pétain. Un idole socialiste, venant de l’extrême droite et décoré par un nazi. Ils ont des beaux modèles à gauche…Notamment les communistes, dont la CGT est issue, ceux qui saluaient l’occupation nazie de Paris en 1940, ceux qui hurlaient leur amour pour Staline, dans les années 50. Episode qu’on ne retrouve plus dans les livres d’histoire de la République, bien aseptisés depuis.

La CGT agit comme une milice ouvrière du Front de Gauche

Des manifs ? Des « casseurs » ? Non , des citoyens « entrés en résistance »… Certes, le « casseur  » est , par définition, pavé (c’est le cas de le dire !) de toutes les vertus s’il est « de gôche »…Heureusement, ces casseurs ont à leurs côtés la CGT, syndicat au Service d’ordre habituellement si vigilant que tous les journalistes n’y sont pas admis…Et nul ne pensera, n’osera même penser que la CGT, syndicat communiste, longtemps conçu et organisé comme instrument de prise de pouvoir par la force (cf. son équivalent , « les milices ouvrières » du Coup de Prague en 1948, une référence historique en matière de « coup de force »), n’est pas efficace en matière d’ordre..! Milices ouvrières que dans les années 60, le mouvement français Lutte Ouvrière[1] – qui aujourd’hui bat les rues de la France contre la Loi-Travail – voulait organiser, sur le modèle de la Garde Rouge, mère de l’Armée Rouge. La Révolution de 1917 étant un autre exemple notable de prise de pouvoir par la rue, qui doit faire encore rêver la CGT.

700 à 800 « casseurs » dans le dernier defilé de la CGT. A ce niveau-là, on ne peut plus parler de « casseurs infiltrés » mais de « casseurs utilises, voire organisés » non seulement pour détruire…mais pour déstabiliser la société française, la pousser aux extrêmes. A ce niveau-là, on parle plutôt de quelques manifestants infiltrés parmi les miliciens de la CGT.

Fidèles au formatage idéologique, dans quelques médias de gauche, on retrouve déjà quelques tribunes de faux « parents d’enfants malades », ou le classique « comité des travailleurs » qui s’indignent contre la récupération politique des incidents de l’hôpital Necker. Dignes parents pour lesquels la santé et la sécurité de leurs enfants passeraient après le souci pour l’image de la CGT. Cela me rappelle le courrier des lecteurs Pravda de mon enfance, ou des personnages prolétaires étaient inventés, pour s’insurger contre le capitalisme décadent et exprimer la solidarité avec le parti et tous ceux qui travaillent et luttent pour l’accomplissement de la société socialiste, fin de citation. Le manque d’humanisme de certains va jusqu’à relativiser la portée symbolique du fait que, pendant les attaques à l’Hôpital Necker, le fils du couple de policier assassiné par un islamiste s’y trouvait. En parler c’est « distiller la haine », mais attaquer un hôpital c’est probablement un acte de charité et de bienveillance envers les enfants. Et puis, quand même, un enfant de policiers, lorsque la CGT part en campagne anti-flic, lorsqu’ils hurlent, comme les islamistes d’ailleurs « un policier, une balle », aucun état d’âme à y avoir, non?

Fausse indignation du gouvernement Valls et silence de François Hollande

Après le vandalisme sur un hôpital pour les enfants, on attendait par exemple le discours sur « l’ordre moral nauséabonde » de la ministre de la Culture, protégée de la maîtresse présidentielle. Mais Madame Azoulay ne s’était pas encore remise des grandes émotions sociales que le Festival de Cannes peut provoquer. La sécurité d’un enfant malade a l’air bien moins importante à ses yeux qu’un concert de Black M. Certes, quelques ministres et le premier ministre même ont tenu un discours faussement indigné. Mais aucune mesure concrète contre les sauvages syndicalistes n’a été prise.

Terrassé par sa chute dans les sondages, tétanisé par la crainte de perdre les élections, Hollande, fidèle à son ambiguïté gluante, évite de prendre des décisions qui pourraient le mettre en froid avec les électeurs d’extrême gauche en 2017. Suivant la tactique de son père spirituel Mitterrand, il espère la montée de l’extrême droite, pour se positionner en sauveur contre « les heures sombres de l’histoire ». Il s’imagine déjà dans un deuxième tour face à Marine Le Pen, où les gens lasses auront à choisir entre la peste et le choléra. Et le rôle de la peste semble l’intéresser. Dans son désespoir de garder l’Elysée, de l’intérieur, Hollande fait ce qu’il sait très bien faire, à ce qu’il nous a habitué depuis son élection : rien. Son silence est presque complice, car il compte sur le chaos pour se faire réélire.

Pour ses petits calculs électoraux, Hollande laisse la France entre les mains de milice ouvrière que la CGT est en train de devenir. De son scénario dans Moi, Président de la République, il a complètement oublié la réplique sur les discussions régulières avec les organisations professionnelles que les syndicats. Il continue à jouer les derniers instants de son rôle de président normal, avec la crédibilité d’un acteur de Plus Belle la Vie. Et il n’hésite pas à laisser sans suite une nouvelle attaque, cette fois-ci, comble de l’ignominie, un hôpital pour les enfants. Si la CGT est ignoble, elle a au moins un point en commun avec Hollande. Pour garder leurs privilèges, ils sont prêts à Necker la France (excusez l’expression). S’il faut attendre qu’Hollande prenne une décision, des vrais, les casseurs de CGT savent qu’ils ne risquent rien..

Le Front de Gauche, même combat que le Front National

Sans surprise, le FN, tendance nationale-ouvriériste du chevènementiste Philippot, approuve cette manifestation cégétiste, y compris (et peut-être surtout .!) dans ses pires excès de violence…Il espère une mutation de l’électorat ouvrier vers l’extrême droite qui, comme sa camarade de gauche, tient le même discours économique anti-mondialiste, anti-européen, anti-libéral, anti-libertés…

Selon le sondage Ifop[2] pour le site Atlantico.fr, (disponible ici) la CGT a perdu la guerre de l’image aux yeux de la population française. Le mot-dièse #ToutLeMondeDétesteLaCGT circule déjà sur Internet, depuis la goutte de trop, à Necker. Les deux extrêmes politiques sont donc les plus favorables aux mouvements de rue. Forcément, la tentation du pouvoir pris par la rue est grande chez ces admirateurs des dictatures, de gauche ou de droite. Parmi les interviewés, le plus significatif nombre d’entre eux déclare avoir voté en 2012 soit pour Mélénchon, soit pour sa sœur jumelle, Marine Le Pen. Cela en dit long sur les convergences des extrêmes et les tentatives de séduire une classe ouvrière désœuvrée et effrayée par la mondialisation. Entre les deux Fronts, la seule chose qui change c’est l’épithète.

Quid de cette violence si partagée ? D’abord, elle est justifiée par la CGT, le Front de Gauche et le FN, au motif que cette violence « est populaire » : le problème de tous ces mouvements (partis, particules ou syndicaux) et de leurs Grands Leaders (tradition du « culte de la personnalité » oblige..!.!.) est qu’ils confondent TOUS « people » et « populace »…
Ainsi, lors de la Révolution française, Robespierre et sa cohorte de Montagnards et d’Enragés s’appuyaient sur les Tricoteuses et autres sans-culottes « avides de spectacle devant la guillotine et prompts à insulter des suppliciés sans défense« , pour effrayer les autres députés de l’Assemblée de la Convention…C’est de cette époque que datent les traditions de « résistance populaire » à la française :i.e. de violence gratuite et surtout sans danger ni risqué de sanction judiciaire pour ses auteurs (au motif que ceux-ci incarnent le Bien puisqu’ils sont « de gôche!) contre des gens sans défense ou face à d’autres qui , eux, respectent le Droit et les valeurs fondatrices de la démocratie.

Une question se pose donc en ce jour de BAC philo : et si c’était ça « l’exception dite culturelle » française ? J’imagine Martinez dans la salle d’examen, un peu ému de se retrouver enfin dans une école, en écrivant sa petite composition philosophique sur les actions CGT . Je finis par imaginer que, pour apaiser les petits enfants de l’Hôpital Necker effrayés par la violence de son syndicat de petits hommes, Martinez serait en train de leur marmonner la seule comptine qu’il doit connaître : A la ferme à Mélénchon, hiya hiya ho, y’a des centaines de moutons, hiya hiya ho…Tandis que dehors, les quelques manifestants égarés parmi les casseurs, seraient en train de s’époumoner :

Tu n’connais pas la cadence
Tu n’sais pas comment l’on danse
Tu n’sais pas danser
Au pas cadencé
Au pas, camarade
Au pas camarade
Au pas, au pas, au pas
Au pas camarade
Au pas camarade
Au pas, au pas, au pas.
J’ai perdu la cré…
J’ai perdu la di…
J’ai perdu la bi…
J’ai perdu la li..
J’ai perdu la té.
 

Bis.


[1] Mensuel Lutte de classe n°25 – 17 octobre 1961

[2] Sondage Ifop pour RTL réalisé par questionnaire auto-administré en ligne du 19 au 20 mai auprès d’un échantillon de 1 007 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Le libellé de la question était : « Vous savez que depuis plusieurs semaines, de nombreuses manifestations et grèves (notamment dans les transports) ont lieu pour protester contre la réforme du code du travail de Myriam El Khomri. Personnellement, trouvez-vous ce mouvement tout à fait justifié, plutôt justifié, plutôt pas justifié ou pas du tout justifié ? »

Ce qui peut apparaître comme journalisme d’investigation …

(suite et surtout fin de l’affaire « Golden Corbeaux »)

 

L’histoire est entièrement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre, disait Boris Vian au sujet de son roman l’Ecume des jours. Après avoir écumé les réseaux sociaux, pour son histoire sur les Golden Corbeaux dont on parlait ici, Denis Robert, acculé par les preuves contraires, est obligé de se raviser sur le sujet. Il admet ses erreurs et fait semblant de s’excuser auprès d’Alexandre Perrin de l’avoir associé au compte Twitter du cynique Gordon Gekko @SkyZeLimit. Un instant, on aurait pu croire que Denis Robert fait amende honorable, pour éviter les ennuis judiciaires. Je dis bien un instant, car la phrase clef est quand même anthologique « Je prends acte de vos remarques et m’excuse de ce qui peut apparaître comme une erreur de notre part ». La vérité semble donc strictement une question de perception pour le Camp du Bien. Etre et paraître se confondent et si le lecteur n’est pas capable de distinguer la subtilité de ses écrits, ceux de lui et ses prosélytes, c’est un problème de compréhension. Il s’excuse de l’apparence de l’erreur, non pas de la situation. L’approche difficile de la perception, comme dirait l’autre.

Bref, plus qu’une lettre d’excuses, la rectification de Robert ressemble plus à un recueil de perles du BAC philo des Anges de la télé-réalité, payés par Najat Belkacem pour retrouver le chemin de l’école. Pas un mot sur les autres personnes désignées par ses articles à charge. On comprend donc que ce n’est pas une prise de conscience soudaine et d’autant plus inespérée sur la liberté d’expression. Aucune remise en cause du principe de la dénonciation, on dirait qu’il exprime juste le regret d’avoir désigné une autre personne. Enfin, ce qui peut paraître un regret…

Monsieur Robert semble un vrai homme de gauche : la victoire pour moi tout seul, la défaite partagée avec les camarades, le rejet sur la collectivité des fautes individuelles. Au départ, il se voyait en haut de l’affiche (et des ventes BD), comme intermittent du spectacle anticapitaliste. Dans l’embarras, il mentionne qu’il n’était pas seul pour mener la formidable enquête contre les vilains riches. Un vrai travail collectif (on aime beaucoup le concept au fan-club Robert) Denis pousse la galanterie jusqu’à laisser sa collaboratrice Myriam toute seule, pour téléphoner à Alexandre Perrin, afin de s’expliquer. Parader sur la place publique avec des œuvres et ses pompes journalistiques, puis se servir d’une femme comme bouclier humain, lorsque la situation se gâte, illustre une grandeur d’âme et un respect des femmes qu’on n’a plus vu depuis Hollande.

Monsieur Robert rajoute une épaisse couche de peinture, nous expliquant savamment que l’histoire est beaucoup plus compliquée qu’il n’y paraît (encore ce verbe, décidément). Donc un journaliste qui se targue de couvrir des sujets brûlants comme Clearstream, qui se vante d’être invité par la Fédération Internationale des Journalistes à Angers, pour donner des leçons aux novices, fait un Grand Bond en avant et découvre que la cour de récré du Twitter est …complexe.

Denis Robert explique doctement, d’air si sérieux qu’il fait peur, que tout ne serait qu’un machiavélique complot, mis au point depuis des années. Pour lui nuire, à lui (l’indomptable, l’unique, l’insoumis du Système) et ses amis, on s’entend. Ah, le gout aigre du complot universel que l’extrême gauche partage, comme tant d’autres idées, avec l’extrême droite. On a presque envie de rester planqués chez soi, pour se cacher de ces diaboliques petits bonhommes, verts et paranoïaques, qui complotent contre nous.

Si la réalité est complexe, l’univers de Robert a le mérite d’être simple. Peut-être trop simple, voire binaire: cette situation serait le fruit de volontés cachées, de desseins supérieurs (illuminatis, francs-maçons ou sarkozystes, au choix) visant à détruire la réputation d’un journaliste chevronné (bonjour l’égocentrisme), et même celle d’Alexandre Perrin. Scénario surréaliste préparé au moins depuis 2010, quand le jeune Suisse venait à peine d’avoir 20 ans. Poser la question de la motivation d’une telle machination serait probablement blasphématoire. Ou trop complexe. Si vous ne comprenez pas, Robert vous indiquera le chemin (en suivant les traces de chemtrail laissé par les avions des cupides traders, avec la complicité des Bilderberg ?). Avec notre Laurent Louis national, autre célèbre adepte de la théorie du complot à son égard, Denis Robert pourrait écrire un sketch. Ou publier une nouvelle BD, à vendre à l’Université d’été du Front de Gauche. Enfin, offrir gratuitement, l’acte de vente étant d’un capitalisme féroce dont on ne pourrait pas suspecter un tel journaliste engagé.

Avant de distribuer les richesses, il faut quand même les produire…

Quant aux médias de gauche, malgré la lettre de Robert admettant ses erreurs, depuis Bernadette Soubirous, l’on n’attend plus de miracles. Au lieu d’un simple droit à la réplique pour les accusés de Robert, principe qu’on enseigne même dans les écoles de journalisme de province, ils persistent dans la déformation idéologique de la réalité. Un pas en avant sur le chemin du terrorisme intellectuel, clamant que le droit à l’anonymat devrait être supprimé. Ces journalistes-activistes font abstraction de l’Article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ».  Les journalistes de tous les pays dictatoriaux ont déjà eu un aperçu de ce que la transparence à tout prix implique…

La presse de gauche montre une servitude navrante envers les idées véhiculées par Robert, se souciant plus de l’identité des protagonistes que des idées qu’ils essaient de transmettre. Aimer la liberté, en dehors de schémas idéologiques, devient désormais un risque. Cette mentalité érode l’ambition et corrompt l’esprit humain. Les journalistes de service parlent de la haine des twittos anonymes, tout en considérant que leur haine à l’égard des opinions différentes est acceptable, voire noble. Les pires horreurs sont faites avec la certitude (perception ?) de faire du bien. Le Camp du Bien te tombe dessus pour le moindre mot de travers.

Croire que tous les Libéraux seraient des riches est aussi réducteur que de croire que tous les Marxistes sont pauvres. Certes, c’est ignoble de gagner (beaucoup) de l’argent en travaillant. C’est plus noble de le voler par une nationalisation, par exemple. Ou l’exiger de l’Etat, parce que tu te crois artiste. Ce que les marxistes à la petite semaine oublient c’est que pour distribuer les richesses, il faut quand même les produire avant. Le socialisme construit sa notoriété sur les acquis d’une économie libre. Doxer les traders sur Twitter c’est la lutte contre le capitalisme. Embrasser Kerviel à la Fête du Travail c’est de la solidarité prolétaire.

Les Ze sont perçus comme des gens riches et de droite, voire extrême droite. Un-deux jours d’immersion sur les réseaux, parmi eux, sans apriori, auraient permis de voir, qu’en dehors d’un certain gout pour la liberté, ils ne partagent pas nécessairement les mêmes opinions politiques. Un complot mis au point par des gens parfois à l’opposé, mais réunis par leur attachement à la parole débridée (lire liberté), qui ne se parlaient même pas avant cette affaire (et qui probablement ne se parleront plus après), il faut s’accrocher pour suivre la logique. Mais bon, lorsqu’on se trouve tellement à gauche qu’on risque de tomber de l’échiquier politique, même un centriste pourrait être considéré de droite. Si la jalousie et la haine pourraient disparaître, les deux extrêmes n’auraient plus de membres.

Pour conclure sur une note résolument optimiste, disons que désormais, sapé comme jamais pour ses compétences d’investigateur, Denis Robert pourra précéder ses articles par une mise en garde fort à propos dans le contexte : toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite et le fruit du plus grands des hasards (ou de la perception).  C’est en synthèse son œuvre journalistique. Sur un malentendu, ça pourrait marcher.

Pour la gauche, la faute la plus grave des pauvres est de s’affranchir de la pauvreté

Les réseaux sociaux de France et de Navarre se sont enflammés il y a plusieurs jours, avec la publication d’un article contre les détracteurs de la Loi travail, par Denis Robert. Ce journaliste qui, à ses heures de gloire, a écrit sur l’affaire Clearstream (on en parle encore dans les salles de tribunal et dans les cours d’Excel pour les débutants), déclare avoir reçu des informations d’une amie, comme il la définit lui-même. Myriam Tonelotto, réalisatrice de cinéma et scénariste de BD, qui répond au pseudo félin de La Voie du Chat (en référence à son film, produit il y a sept ans). Depuis, le combat social semble avoir pris le dessus sur l’activité cinématographique qui est la sienne, puisque Myriam se sent vivement concernée par les mouvements sociaux. De même que monsieur Robert, qui s’est découvert une fibre artistique sur le tard et fait de la peinture à ses heures perdues, c’est-à-dire lorsque le combat social lui laisse un peu de temps libre et quand il n’a pas piscine. Peu importe que le défenseur des droits de la veuve et l’orphelin vende ses toiles à des prix inaccessibles aux pauvres qu’il dit soutenir. Peu importe que la Voie du Chat se déclare artiste, donc âme libre. Elle pense être investie de la mission divine de défendre les pauvres, incapables de se défendre seuls. Surtout ceux qui n’ont pas eu sa chance de suivre des bonnes écoles. En fin compte, même Che Guevara avait des origines sociales bourgeoises.

Mais soit, pour revenir à l’article « Golden corbeaux.. », Denis Robert y épingle des tweets publiés par des gens qui ne partagent pas ses opinions politiques. Les verbes sont effectivement crus et parfois, l’humour noir semble trop noir et souvent lourd, voire vulgaire. Certes, n’est pas Charlie qui veut et les réseaux sociaux sont connus pour la parole débridée. Mais monsieur Robert pousse l’investigation jusqu’à dénoncer tout, même des comptes parodiques trop libéraux à son gout. Demain, l’on dénoncera le Gorafi avec le même sentiment glorieux d’avoir (re)pris la Bastille.

Les tweets incriminés s’en prennent aux grévistes, à la CGT et, selon l’opinion de l’auteur, montrent une pauvrophobie aigue. Le sentiment de sympathie qu’on pourrait éprouver (défendre les nécessiteux c’est noble, qui pourrait le nier ?) s’estompe vite, lorsqu’on constate les méthodes: phrases sorties du contexte, dénonciations arbitraires, approximations, identités dévoilées, aucun contact avec les accusés pour écouter leur point de vue etc. Pour faire le buzz, Robert accuse les gens, un par un en en groupe : un trader d’origine iranienne exilé à Londres (un immigré émancipé, quand même), un jeune stagiaire qu’il associe au personnage de Gordon Gekko, un directeur de banque qu’il voit comme fasciste et j’en passe. Robert se croit en plein American Psycho, pense ranimer Occupy Wall Street, excusez du peu. Comme Jeanne d’Arc, il entend des voix qui lui disent que tout cela est un complote universel et omnipotent des Ze, la force obscure de la finance internationale qui s’oppose au progrès social en France. Les Ze sont la droite, lisez le Diable à mille et un visages.

Selon toutes les vraisemblances, l’enquête se limite à des recherches Google, ce grand ami des journalistes d’investigation 2.0. Le problème, et un de taille, est que certaines identités dévoilées ne correspondraient pas à la réalité. Par exemple, le trader vitupéré, Alexandre Perrin, affirme n’avoir aucun lien avec l’histoire. Autrement dit, Denis Robert aurait indiqué un mauvais profil Linkedin, juste parce qu’il avait le bon profil à haïr : trader donc supposé riche, jeune cadre dynamique expatrié à Londres et look de gendre ideal. Robert imagine la pluie de billets de banque qui va avec. On a guillotiné pour beaucoup moins que cela en 1789 et on a envoyé au goulag des klassovy vrag juste pour le soupçon de ces fautes. Denis Robert se place en Petit Père du Peuple opprimé et du journalisme d’investigation. En arbitre des élégances, il décide ce qui est drôle ou pas, ce qu’on peut penser de la grève CGT ou pas, quelle voiture il faut avoir, quelle maison (même si la sienne ne semble pas un logis prolétaire, s’il fallait croire aux images Google Earth publiées par le camp opposé). Monsieur Robert aime peindre, et il peint donc la réalité dans 50 nuances de rouge. Sa vision du monde est le Lit de Procuste, qui ne rentre pas dedans est voué à la dénonciation vigoureuse. Mais certes, il se croit objet de la haine des autres, il se victimise, il pense déranger. Si au passage, un journal pourrait le re-engager et bien le payer…

Le pire ennemi des médias contemporains c’est l’information factuelle

Tout cela aurait resté un simple fait divers des médias sociaux, un buzz comme le Twitter en connait régulièrement. Mais ce qui rend l’histoire plus intéressante sont les réactions de deux parties. Fidèle à son principe « c’est contre les riches, donc nulle preuve nécessaire », la presse de gauche et sa sœur extrême annoncent déjà les couleurs de la campagne électorale de 2017. On ressuscite Marx, on place tout dans le contexte de la lutte de classes, on s’imagine des complots universels, on dénonce, on condamne sur la place publique, avec un enthousiasme qu’on n’a plus ressenti depuis les procès politiques de Moscou des années 30.

L’article de Denis Robert contre les vipères lubriques du libéralisme a été repris par plusieurs médias sympathisants. On croit assister aux Grandes purges du net, où tout opposant politique ou personne perçue comme tel devient une menace pour l’ordre social français. On voit des fachos à tout coin de rue (sauf là où ils se trouvent vraiment).

Des journalistes de gauche font la course à l’indignation face aux « tweets ultralibéraux d’inspiration américaine », face aux « nantis » qui se permettent de ne pas s’extasier pendant les discours de Martinez, patron de la CGT ou de Mélénchon, le pro-prolétaire qui ne voyage qu’en classe business. Les règles déontologiques de base semblent désormais étrangères à nombre journalistes français. On hait les riches, faisant semblant d’oublier que les journalistes sont des bénéficiaires des niches fiscales inaccessible au commun des mortels. Les journalistes des médias subventionnés aiment parler de la pauvreté, mais souvent ils ont ses salaires astronomiques. Ne parlons même pas de Claire Chazal et ses millions. Elise Lucet par exemple, spécialisée dans la critique acerbe des patrons et entreprises, touche confortablement entre 10.000 et 12.000 euros par mois[1]. Salaire auquel beaucoup de petits entrepreneurs ou les simples gens de la rue ne peuvent même pas rêver. Presque un an de SMIC par mois pour une journaliste qui s’en prend aux « riches ». A ces prix-là, on en ferait des révolutions tous les jours. Guère étonnant que l’information factuelle n’est pas la priorité des journalistes idéologisés, mais la défense des privilèges qui sont les leurs.

Seul le journal suisse La Romandie a fait preuve de recul et professionnalisme dans cette situation, sans foncer dans un piège idéologique. Seule la journaliste économique Emmanuelle Ducros, de l’Opinion, a exprimé son doute et sa perplexité quant aux méthodes utilisées par Denis Robert et son entourage.
En Belgique, des journalistes RTBF, chaîne publique fort à gauche et subsidiée, ont pris part pour Robert. Le blogueur Marcel Sel, après quelques jours de confusion typique, finit par écrire un billet, mais qui élude quand même la dimension symbolique de la situation.
Pour sa part, Contrepoints voit les choses sous un angle plus analytique, et y identifie, à juste titre, un symptôme de la crise du journalisme d’investigation. Article disponible ici.

Pour le reste, les médias de gauche se sont empressés principalement de présenter l’auteur de l’article comme un Zorro de l’anti libéralisme, un Chevalier blanc (ou rouge, c’est selon) sans peur et sans reproche. La presse de droite regardait un peu ailleurs. Aucun état d’âme pour le jeune Perrin, peut-être demain un chômeur, s’il se fait virer à cause de l’article « Golden Corbeaux » et qui reçoit depuis des menaces et intimidations, selon la lettre ouverte adressée au journal suisse L’Opinion.

Comble de l’histoire, la même extrême-gauche annonce le lendemain qu’en cas de Brexit, la France déroulerait le tapis rouge pour le déménagement de la City de Londres à Paris. C’est surtout la couleur du tapis qui fait flipper les entrepreneurs, qui quittent la France où ils se sentent ciblés comme l’ennemi public numéro 1. Cette schizophrénie politique coûte cher à l’Hexagone. Déclassement dans l’attractivité pour les investisseurs, exode des sièges d’entreprises vers l’étranger, où elles ne sont pas considérées comme les pestifères de la société, Nuit Debout où les jeunes issus de bonne famille rêvent de révolution pour s’occuper la journée. Hollande déchu comme le plus impopulaire président de la Ve République, que même les milliards de cadeaux électoraux n’arrivent plus à ressusciter politiquement, pénurie de carburants, poubelles à ciel ouvert, la France est actuellement le souvenir d’elle-même. Dans le Pays des Lumières on ne voit plus que des ombres.

Dans ce contexte, la saturation d’une partie de la population française se fait ressentie. La partie qui paie de plus en plus d’impôts, pour financer la corruption d’un système d’Etat écrasant. La partie qui travaille, qui innove, qui crée et qu’on insulte parce qu’elle n’est pas (encore) assez pauvre pour mériter les efforts de séduction d’une classe politique décalée des réalités françaises. La partie qui prend le chemin de l’exile, pour échapper aux accusations de gagner leur vie, sans rien attendre d’un Etat en faillite.

Pour conclure, l’on peut dire que l’histoire de Denis Robert est en fait l’arbre qui cache la forêt. Au-delà d’un journaliste qui a du mal à retrouver une place dans le paysage médiatique français, et qui se rêve en Clint Eastwood – forcément le Bon, tandis que les opposants à la Loi travail seraient les Brutes et les Méchants – on retrouve une histoire française. Ces sales riches qui parfois ne vivent même plus dans la douce France au bord de la faillite. L’extrême gauche qui chante l’Internationale mais s’érige contre ceux qui ont choisi une carrière à l’international. Elle se découvre une âme nationaliste que même le FN lui envierait. Car la France n’a pas la fierté de la réussite de ses citoyens. La France ne supporte l’égalité que dans la misère, vertu que les leaders de gauche prêchent du fond de leur villa cosy, loin des quartiers populaires juste bons pour y récolter leurs voix.

La camarade Raymonde – l’arbre qui cachait la foret syndicale

Au commencement était la NVA et Bart était dans ce parti…

Par sa parole, il avait soudainement ramoné la belgitude qui gisait dans ceux pour qui le 21 juillet ne représentait plus que le jour du départ en vacances. En idéologisant à la mode française le débat communautaire sur « l’identité » flamande, le leader NVA n’a pas seulement libéré les vieux démons de l’extrême droite flamande, il les a banalisés.

S’inspirant en effet du modèle du Front National français, il a compris l’intérêt de banaliser un discours impensable parce qu’inacceptable, puis de placer des figures proéminentes dans des postes clefs (malgré des proximités dangereuses avec l’extrême droite néonazie) et enfin, but ultime, de « démontrer » l’impossibilité de dialoguer avec les Wallons. Les scores obtenus par son parti aux dernières élections montrent que cette stratégie opère puisqu’un Flamand sur trois plébiscite le discours de Bart.

Après 25 ans de pouvoir en coalitions diverses avec tous les partis démocratiques de l’échiquier politique belge, le PS ne se retrouve plus dans le gouvernement fédéral. Quel drame. Difficile à s’adapter au rôle de l’opposition, de se rendre compte qu’aucun gouvernement n’est éternel. Difficile pour Laurette de passer du statut de ministre pépetuelle à « simple » députée, obligée de s’écrier à la tribune parlementaire pour essayer de se faire entendre. Difficile pour Elio d’accepter que l’Empereur n’est qu’une adresse postale et non pas le statut d’un président de parti socialiste.

Difficile de comprendre que la défense de la démocratie ne passe plus par le discours mais par l’exemple. Il ne passe plus par une « lutte de classe » rendue obsolète par la mondialisation mais par la défense de toutes les composantes des classes moyennes — elles-mêmes fondement de la démocratie pluraliste face aux tentations identitaires d’exclusion…

Hélas, trois fois hélas, les Socialistes belges ne savent plus ce que l’opposition signifie. Leurs réflexes sont devenus pavloviens autour du pouvoir comme de leurs slogans éculés, comme des vieux bœufs qui ne connaissent plus qu’un seul chemin et qu’un seul bouvier pour les y conduire…Et sur leur chemin, ils se font accompagner par le totalitaire PTB, jusqu’à hier poursuivi par la Sûreté de l’Etat pour extrémisme idéologique. Parti dont la conception de la société s’inspire librement de Castro, Kim et autre démocratique Mao.

Dans ce contexte politique post-électoral, il advint qu’un jour de grève nationale, Raymonde arriva.

Obscure sympathisante PTB+ et secrétaire régionale SETCA à Namur, elle se mit à dévaliser un petit magasin de vêtements au motif extravagant que la gérante ne faisait point grève. Parlant même de solidarité envers les grévistes, mais n’en éprouvant aucun envers la gérante. Icelle en effet n’avait pas suivi le catéchisme syndical, quant à l’impérieuse nécessité de bloquer le pays et de mettre encore plus à terre une économie déjà souffrante. Comble de l’audace, cette gérante s’était permise de faire un choix pragmatique, celui de travailler. Et non pas idéologique, celui de considérer que tout « indépendant » (y compris une modeste gérante de magasin, syndiquée comme Raymonde de surcroît !) était un « ennemi de classe »….. Les syndicats aiment la libertés citoyennes, mais uniquement quand elles leur sont favorables.

La vidéo de l’intervention de Raymonde-La-Terreur enfla les réseaux sociaux et transforma l’inconnue en star d’un jour. En moins d’une minute, Raymonde avait transformé la grève en… Star Academy de la castagne et anéanti toute portée sociale du mouvement. Las, les syndicats découvraient alors que la communication sur les réseaux sociaux leur échappait. Qu’il ne suffisait plus qu’un leader sorte à la télé pour asséner quelques demi-vérités d’un air grave, tout en tripatouillant sa montre à quelques milliers d’euros. Marc Goblet oublie de dire qu’il gagne certainement plus que la gérante de magasin et ce, sans autre tâche que de rameuter  la rue. Que des questions de plus en plus pressantes se posaient : sur le refus systématique des syndicats belges d’acquérir un statut juridique (un statut les obligeant à être enfin responsables de leurs actes), tout comme sur leur financement sur lequel ils s’obstinent à garder le secret. Les syndicats semblent avoir choisi la voie subtile de vaincre le capitalisme en appliquant ses méthodes. Ce, en criant à la fraude par les grandes entreprises, tout en refusant de publier leurs propres comptes, voire en plaçant (comme la CSC le faisait il y a quelques années) leur propre manne au Luxembourg, peu réputé pourtant pour être un paradis prolétaire…

Après de brèves déclarations de départ pour minimiser l’intervention de Raymonde, en la classifiant d’ «  isolée », de « action non-représentative », voire « insignifiante », voici que la communication déjà catastrophique de la FGTB se grippe à nouveau. Thierry Bodson, incarnant la voix divine de la FGTB, nous dit sans rougir (ou en tout cas, pas davantage qu’il ne l’était déjà) que son syndicat soutient sans hésitation Raymonde.

Du coup, le geste de la camarade n’était plus «  isolé », il avait désormais l’aval du syndicat socialiste. Elle n’avait plus le monopole de ses actes, ils étaient désormais approuvés par son hiérarchie. Oui, pour eux, Raymonde, devenue la risée des réseaux pour son comportement, avait pourtant bien agi, en toute âme et conscience syndicale.

La Constitution belge, qui pourtant protège la propriété privée, n’était plus un garant suffisant contre les agissements syndicaux. Le geste d’une haute symbolique politique de Raymonde, soutenu par la FGTB, prouve l’idée de base qui anime le socialisme : les individus incapables de contrôler leurs propres actes (qui sont toujours imputés à la société) veulent toujours se mettre ensemble pour contrôler la vie des autres.

Somme toute, ceci donne à la situation une nouvelle dimension, bien plus significative que la visite de Madame Lepvrier (le vrai nom de Raymonde-La -Terreur, à moins qu’il ne devienne son pseudo ?) à la boutique L&L. Le syndicat rouge montre par là qu’il soutient toute attaque contre le petit entrepreneur. Même si la responsable de la boutique est elle-même syndiquée auprès de la FGTB.

En faisant un choix entre ses deux membres, incarnant de facto deux « lignes politiques » et en tout cas deux conceptions différentes de la responsabilité économique, le camarade Bodson dévoile le choix idéologique des instances dirigeantes de la FGTB, dont le coeur balance entre le PTB d’inspiration stalinienne 2.0. et le PS multiforme : celui de l’ouvrière contre la petite commerçante. Celui de l’employée frustre mais dévouée contre la déviationniste (entreprenante et dynamique de surcroît : horresco referens !) qui préfère travailler. Mais qui représente la classe moyenne, le socle sociologique de plus en plus fragile de nos sociétés : affaiblir ainsi cette catégorie sociale qui constitue le vecteur stabilisateur de nos démocraties, c’est susciter une désespérance et donc ouvrir la porte à toutes les dérives… Or, cette classe moyenne surtaxée, assommée par les impôts en tout genre, sans aucune garantie du lendemain (notamment pour les petits indépendants) est au bord de l’anéantissement..L’extrême gauche se partage ainsi avec l’extrême droite la haine de la classe moyenne, car les deux courants ont besoin des inégalités sociales extrêmes pour fleurir.

Dès lors, la FGTB offre ainsi une tribune inespérée à l’extrême droite flamande, cet extrémisme qu’elle fait semblant de combattre….depuis tellement longtemps qu’elle en fait son « fonds de commerce » idéologique. L’extrême gauche tend à tuer tout esprit d’initiative, car généralement, ce n’est pas parmi les libres entrepreneurs qu’elle recrute son électorat : elle a d’ailleurs toujours opposé la liberté à l’égalité, la responsabilité à la solidarité, alors que les secondes sont la conséquence, le fruit même, des premières

La déclaration de Thierry Bodson illustre que le combat de classe n’est pas mort et que l’avènement des pauvres n’est pas un objectif en soi pour la FGTB. Au contraire, la paupérisation continue représente un terrain fertile pour les courants politiques qui sont les siens et dès lors un objectif politique. Rappelons-nous ce commentaire ironique fait par un grand démocrate, « Les socialistes aiment tellement les pauvres, qu’ils veillent à les multiplier »… ! L’assassinat idéologique de la classe moyenne représente un pas vers la mort du modèle social —et même sociétal— européen, fondé principalement sur la classe moyenne. L’on se dirige, grâce aux interventions style Raymonde, avec la bénédiction de ses chefs de tribu syndicale vers un clivage « très riches-très pauvres », des germes pour les dictatures en tout genre. Un clivage qui, partout dans le monde, porte en germe la fin de la démocratie pluraliste.

En suivant le modèle français, le débat social se politise et s’idéologise, s’éloignant de plus en plus en plus de ce modèle rhénan fondé sur le pragmatisme, le réalisme, le dialogue et la cogestion. Cette évolution oblige aussi certains médias mainstream à se positionner face aux nouveaux rapports de force. Ainsi, l’on a pu lire, parfois avec profonde consternation et désolation intellectuelle des articles défendant l’irruption de Raymonde dans la boutique namuroise ou chez H&M, sous prétexte que… les travailleurs au Bangladesh sont mal traités. Était-ce là la raison de la grève ? Nullement, mais l’amalgame est toujours utile pour remplacer l’absence d’argumentation. 

En outre, aucune carmencita du faubourg gauchiste n’a eu la présence d’esprit de réfléchir que si les vêtements ne se vendent plus, les pauvres travailleurs du Tiers-Monde perdent même le peu dont ils disposent, ce qui signifie chômage pour leurs familles. Il semble assurément confortable de vivre en Belgique et de s’ériger en défenseurs des ouvriers du monde entier, sans jamais connaître les réalités de vie de nombre d’entre eux. C’est comme parler de la famine la bouche pleine.

Passant outre le personnage en soi, l’épisode Raymonde fait donc sortir le débat politique en Belgique du schéma du classique consensus qui avait fait la renommée, parfois ironique, du plat pays. En suivant un principe de symétrie, les syndicats et notamment la FGTB « continuent » avec brio le travail de l’extrême droite flamande. Raymonde, l’instrument de Bart ? Raymonde, « l’alliée objectif » de Bart ? En tout cas, voici « Raymonde et les Syndicats », une nouvelle fable belge.

La décence politique, disparue depuis belle Laurette

Personne n’en doutait…!  Laurette Onkelinx n’est pas une tête pensante du PS, mais tout doute est tombé en même temps avec les vêtements dont l’ancienne ministre socialiste s’est joyeusement, sinon avec grâce, dépouillée pour le magazine Elle.

Certes, la libération de la femme est un combat auquel la gauche se déclame attachée (tout en pratiquant encore des diverses formes de sexisme). Cette libération implique le droit de se déshabiller quand elle veut, qu’on ne contestera pas. Y compris dans les pages d’une publication féminine qui nous illustre ici les vraies priorités d’une certaine gauche: les tendances de la mode et du dernier rouge à lèvres en vogue pour l’hiver 2014-2015.

Laurette marche dans les pas de plein d’autres hommes et femmes politiques, bien plus célèbres qu’elle (hélas), qui ont franchi la frontière tellement fragile entre vie publique et vie privée. Les mêmes qui font semblant de s’indigner quand les tabloïds nous livrent leurs photos secrètes, que par ailleurs cette pseudo-élite politique n’hésite pas à en faire son fond de commerce, sans aucune retenue. Qui invoque le respect de la vie privée, quand ils ne délivrent pas eux-mêmes leur vie aux médias, dans la quête à la publicité. Bien sur, Laurette ne restera pas dans l’histoire de la Belgique pour ses faits ministériels, mais au moins se rappellera-t’on d’elle avec compassion comme « la fille de la page 3″…!

Ce que la leader socialiste a du mal à comprendre, c’ est le timing désastreux de sa sortie dans Elle. Une semaine à peine avant son shooting glamour, Laurette frisait en effet l’hystérie pathétique au Parlement, pour nous parler des drames sociaux qui menacent le pays, les bataillons de capitalistes qui nous guettent, maintenant que le PS est sorti du gouvernement fédéral, après un quart de siècle de pouvoir non-partagé qu’ils ont soudainement oublié.
L’épouvantail du « bain de sang social » (sic!), que le PS n’hésite pas à agiter, n’était pas encore rangé sous l’arbre de Noël, quand Mrs Onkelinx soudainement change de discours (encore que ce serait une nouveauté !), pour nous raconter à quel point la vie est belle et réjouissante pour elle. Au point d’être à l’aise nue devant les caméras. Le pays souffre mais Laurette est épanouie: voilà le nouveau message..! Une telle attitude démontre ainsi à quel point l’ancienne ministre est loin des préoccupations du peuple que pourtant son parti invoque régulièrement d’une voix presque mystique.

Les politiques veulent montrer qu’ils sont « comme nous » (comme si c’était ce que les citoyens leur demandaient en priorité!). Ils se mettent donc en scène pour nous le prouver. Les voitures brûlent sur le parvis bruxellois, les grévistes prennent le pays en otage, mais la vie est belle pour Laurette et son parti qui alimente le scandale. Leurs préoccupations quotidiennes sont d’une autre nature. Certes, se montrer sous son meilleur angle lors du shooting n’est pas du même registre que survivre au quotidien avec le chômage, la vie chère ou le saut d’index.

La décision de Laurette de poser quasi nue c’est un choix personnel  mais qui prouve sans difficulté l’immense écart entre le discours du Parti Socialiste sur la situation du pays et le train de vie des leaders de ce parti, ainsi que l’opportunisme de leurs interventions devant les caméras. Hystérique à la Chambre contre le gouvernement (opposition oblige), épanouie et heureuse dans les pages d’Elle. Tant pis si quelques dizaines de milliers de personnes déstabilisent le pays et font involontairement le jeu des séparatistes flamands comme la NVA qui affirment que la Belgique est ingérable.

Le PS, tout comme le PTB, agitent par calcul politique la rue, via la FGTB notamment, mais en même temps ses chefs décrédibilisent leur discours, comme Laurette. Ou plus précisement, montrent que l’insurrection contre le gouvernement est simple opportunisme politique, d’un parti qui a du mal à respecter le résultat des élections et donc l’opinion publique. Bon, on comprend pour le PTB, dans les pays qui leur servent de modèle politique, les élections sont rarement organisées et l’on connaît d’avance les résultats. Les pauvres, ils ont du mal à comprendre ce que l’expression volonté du peuple veut dire, même si c’est justement sur ce syntagme qu’ils comptent faire carrière.

Le PS et le PTB nous apprennent qu’au-delà du discours idéologique, dépourvu de tout réalisme, mais qui se veut populaire, forcement populaire, la Révolution est en route. L’on parlera à une autre occasion des costumes à milliers d’euros d’Elio di Rupo ou les voyages en première classe du porte-parole du parti qui se prétend pourtant près des ouvriers, vous l’avez deviné, c’est de Raoul Hedebouw qu’on parle.

La désacralisation politique peut s’avérer un phénomène positif, s’il est accompagné d’une proximité constructive avec le citoyen lambda. Par contre, se montrer nue comme une starlette, juste pour attirer encore l’attention sur elle – à défaut de convaincre par son action politique – illustre l’incapacité chronique de produire autre chose que de la banale téléréalité. Une question existentielle se pose: Laurette est-elle la Nabila du Parti socialiste belge ?  Laurette n’est pas au premier coup d’essai  de peoplesiation. Rappelons qu’elle nous  citait déjà le 1er Mai 2013 (Fête du Travail pour certains, tiens) le fameux « Allô quoi ». Fini les citations de Jaurès dans les discours socialistes, désormais place à la diva du shampoing. Espérons pour Laurette que les tentatives d’imiter Nabila vont s’arrêter là, vu que cette dernière croupit actuellement en prison, inculpée pour tentative de meurtre. Or, à ce jour, à part le bon sens politique, Laurette n’a rien assassiné.

Admettons, l’on n’aura pas la cruauté de faire remarquer au PS l’ironie de la situation : les anticapitalistes farouches qu’ils se déclarent font du pur marketing politique. Cette hypocrisie idéologique est presque aussi hilarante que celle du PTB, parti qui se dit aussi anticapitaliste, mais qui fait de la publicité sur les réseaux sociaux avec l’argent de la dotation parlementaire (donc l’argent du sacro-saint peuple). Encore une peu, l’on nous dira demain que le même Raoul Hedebouw est devenu trader à Wall Street, ce serait du même registre. C’est bien de rêver de la révolution sociale, le plus difficile c’est de se réveiller et la mettre en application, autrement que par des discours sculptés en langue de bois qui ne font pas illusion.

Dans l’incapacité de s’affirmer comme femme politique, Laurette essaie désespérément de s’affirmer comme femme tout court, qui assume plus facilement son corps que son (non)discours politique. Laurette n’a pas su utiliser l’occasion présentée par le magazin Elle, pour transmettre un message politique intelligent féminisé. Au contraire, l’on peut lire avec stupeur que le souvenir qu’elle met en avant, de sa période ministérielle, c’est la fête surprise pour ses 40 ans. Désormais, le socialisme s’habille en Prada.

Malheureusement pour elle, en dehors de cette insoutenable légèreté, le shooting renvoie également une image stéréotypée de la femme. Celle de devoir se déshabiller pour attirer encore l’attention sur elle. Elle ne décrédibilise pas seulement le discours social du Parti Socialiste belge, déjà catastrophique, mais aussi le discours féministe de la gauche radicale comme le PTB. En totale contradiction avec ce discours, la gauche reproduit les mêmes scénarios sexistes. Déjà en campagne électorale, le PTB, parti éminemment masculin, qui peine à attirer des femmes, mettait en avant l’image d’une starlette blonde, épanouie elle aussi, comme Laurette, mais par la lessive. Parions que le PTB, qui a une seule femme dans sa structure de direction, qu’on n’entend jamais s’exprimer, nous parlera du deuxième degré, réponse habituelle quand ils n’ont rien de consistent à raconter.

Comme le FN français, le PTB stalinien préfère les blondes sans toutefois leur attribuer le même rôle (le FN serait-il plus féministe que le PTB?) pour sa campagne de pub pour la taxe des millionnaires. L’on ne s’étonnera plus que le taux de représentativité féminine est particulièrement bas à l’extrême gauche, tout comme à l’extrême droite, la plus fascisante. Comme Nation par exemple, qui n’hésite pas à demander aux femmes de s’inscrire sur les listes électorales « sans la crainte d’être élues », juste pour une parité de vaudeville.  Les deux extrêmes réduisent la femme à l’image de la ménagère fée du logis ou la pinup qui se déshabille. Seulement que le rôle de la pinup dénudée, qui fait ici de son corps un produit de marketing politique, est joué dans le cas présent par une ancienne ministre. Ex-ministre en charge, entre autres, de l’Intégration sociale, de la Santé publique et de l’Environnement, voir vice-Première ministre et ministre fédérale de l’Emploi et de… l’Égalité des chances. Si cela n’est pas de l’humour involontaire….

N’accablons pas la nouvelle starlette socialiste, de grâce, ni le machisme-léninisme 2.0 du PTB. Vu que sa carrière politique approche la fin tant attendue, présentons-lui tous nos voeux chaleureux de succès dans sa nouvelle carrière. Tout en fredonnant cette vieille chanson de Michel Delpech, « C’était bien chez Laurette »..!

La nostalgie, camarades: c’est tout ce qui vous reste !

Une Belgique libre d’extrémistes, un concept qui ne plaît pas au PTB

Il était une fois un temps où être d’extrême gauche te plaçait implicitement et logiquement à l’opposé de l’extrême droite. Tu prétendais même d’avoir inventé la Moralité, l’Egalité. Te croire le Gardien absolu du Temple de la Justice sociale. Gauche intouchable, sainte, infaillible, d’une blancheur virginale. Haïssant le Capital, sauf le livre homonyme de Marx et surtout celui des autres. Prônant la liberté d’expression, sauf celle qui exprime une pensée divergente. Décriant les privilèges, sauf les siens. Cultivant l’esprit de contradiction, sauf celui qui se permettait de critiquer les vertus démocratiques des régimes de La Havane, Moscou, Téhéran ou maintenant Damas. Persuadés d’incarner la Voie, la Vérité, la Vie, Témoins de la foi divine dans le siècle du Socialisme 2.0.  Porteurs de tous les progrès, de tous les combats sociaux, d’affranchissement de tous les peuples de ce monde (et parfois de l’autre aussi).

Voilà pourtant que ces prétentions matamoresques de l’extrême gauche sont annihilées par ses propres agissements. Après avoir réussi enfin à obtenir quelques élus fédéraux et régionaux, lors des dernières élections en Belgique, l’attitude du PTB a changé rapidement. D’un groupuscule s’érigeant en défenseur de la démocratie, des pauvres et des chômeurs, de la veuve et l’orphelin du capitalisme, de la liberté d’expression (pour en bénéficier en premier), il est devenu un chasseur vivace de ses opposants.

Les réseaux sociaux, moderne terre fertile de la propagande, se sont transformés en terrain de traque de toute personne qui n’adhère pas aux thèses marxistes. L’on se croirait au temps des procès politiques de l’époque soviétique. Les profils Facebook sont systématiquement signalés, pour faire taire tout avis contraire. Les personnes affichant d’autres opinions politiques sont harcelées, invectivées. Les groupes Facebook anti-totalitaires, comme « Une Belgique libre d’extrémistes » signalés et envahis de trolls militants, dont le seul rôle est d’affubler les autres du nom d »‘anticommuniste primaire ». Rien ne se perd dans les habitudes…

Lénine, fondateur du système répressif soviétique, icône PTB

Le PTB, qui veut malgré tout nous faire croire qu’il a changé, se dit désormais léniniste et non pas stalinien, excusez du peu. Cette prétendue permutation n’est pourtant pas un certificat de bonne vie et moeurs démocratiques, bien au contraire. Ce discours, qui n’est pas original au PTB d’ailleurs, veut convaincre que le stalinisme a été la cause de tous les crimes communistes. Or ce fut bien Lénine qui mit les bases d’un système répressif. En créant par exemple, dès 1917, la Tchéka (grand-mère du KGB), organisation criminelle qui avait pour but le contrôle de la population, au profit du parti communiste. En arrivant au pouvoir, Lénine fit exécuter ses opposants, y compris ceux qui avaient lutté contre l’Empire tsariste, comme les vrais anarchistes. Son gouvernement prit des mesures totalitaires: mise sur pied rapide des tribunaux révolutionnaires, pour des simulacres de procès politique des « ennemis du peuple », camps de concentration en Sibérie, nationalisations des entreprises et des terres. Les récoltes furent confisquées, ce qui engendra des périodes de dure famine, entraînant des millions de morts.

Ce petit rappel historique nous montre donc à quel point le discours du PTB qui se dit maintenant marxiste-léniniste et non pas stalinien ne change strictement rien à l’essence de ce parti. La métamorphose programmatique kafkienne de 2008, tellement mise en avant dans les discours officiels, n’apporte aucune transformation idéologique. Au contraire, c’est du négationnisme des crimes léninistes, en laissant croire que seul Staline était coupable des horreurs totalitaires du système soviétique et de ses pays satellitaires.

L’imposture va jusqu’à faire croire que le PTB est un nouveau parti. Or, il existe sur la scène politique belge depuis une trentaine d’années. Certes, ils ne veulent pas se souvenir que jusqu’en 2012 (il y a des siècles donc pour eux) ils figuraient dans les Rapports de la Sûreté de l’Etat au chapitre « Extrémisme idéologique ». Au même endroit que les mouvements d’extrême droite comme Nation.

Le PTB ne veut pas de souvenir que son fondateur Martens était un fervent admirateur de Staline, qui voulait nous faire croire que les famines soviétiques n’ont pas existé ! Ou que le parti était au départ un mouvement nationaliste des milieux estudiantins flamands. Sans doute que le parti doit se passer en boucle « Avec mes souvenirs, j’ai allumé le feu… »

L’antisémitisme, une mauvaise herbe qui pousse des grains de l’antisionisme

En 2014, après autant d’années d’insignifiance politique, ils grimpent dans les sondages, grâce à un discours populiste à forte connotation sociale. Mais la déception des électeurs est grande. A peine installés dans les hémicycles parlementaires, les quelques élus ne s’intéressent pas du tout aux problèmes belges. Ils lorgnent sur des horizons plus éloignés, qui leur permettent quelques exercices électoralistes. En marge du conflit israélo-palestinien, (le seul antagonisme international qui les intéresse, allez savoir pourquoi) ils font ressusciter des thèses des années 30. Le discours antisémite qui se veut « seulement » antisioniste, vieux refrain, sur la ploutocratie internationale, forcement juive, capitaliste et puissante, revient dans l’actualité. Prétextant défendre la cause palestinienne, le PTB bat le pavé avec des militants de l’islamisme, certains d’entre eux soutenant des organisations considérées terroristes par l’Union Européenne.

Pensant manipuler électoralement la population musulmane de Belgique, le PTB se fait à son tour instrumentaliser par les fans de la Charia. Qui trouvent par ce biais un moyen d’avancer masqués dans notre société. Ce n’est sûrement pas l’aide dont les Palestiniens ont besoin dans leurs épreuves, comme le soulignait récemment la Représentante de la Palestine auprès de l’UE et du Royaume de Belgique, Leila Shaid.

Le discours social, l’attrape voix du PTB

Trop occupé avec le conflit au Moyen Orient (mais totalement indifférent au massacre syrien voisin, par exemple), le PTB oublie aussi les problèmes sociaux des Belges qui les ont élu.

Oubliés les ouvriers d’Arcelor Mittal de la région liégeoise, qui ont surtout permis au PTB d’avoir quelques élus et près d’un million d’euros en dotations parlementaires diverses. Effacés les 20.000 logements sociaux fictifs qui enjolivaient les discours électoraux. Ignorés les petits indépendants qui s’écroulent sous les taxes. Fini avec les discours sur les impôts des grandes fortunes. Oublié le discours sur la liberté d’expression.

L’heure est à la chasse des opposants sur Facebook, Twitter ou autres réseaux sociaux. Certes, l’on pourrait se dire que cela est l’oeuvre de quelques petits désœuvrés intellectuellement, qui pensent apporter ainsi des fidèles services et se faire remarquer par les maîtres du parti. Mais il suffit de lire la prose sur Facebook des leaders PTB, c’est la même chose. Les électeurs sont ignorés, les questions de fond restent sans réponse ou les réponses sont agressives et méprisantes. Le Politburo du PTB ne prend jamais position contre les propos parfois racistes et antisémites de leurs militants de base ou même de certains jeunes candidats.

COMAC, une île brune dans une mer rouge

Ceux qui ne sont pas dupes du double discours PTB savent bien la cause. Les jeunes du parti sont formés au COMAC, entre autres, par un certain Michel Collon. Qui fait figure de pont entre la rive rouge et la rive brune. Ancien membre du comité de rédaction de la publication du PTB, « Solidaire », le confussioniste a (pourtant) la réputation d’être de gauche. Critique acharné des « médias impérialistes », tous sionistes à ses yeux, qu’on se le dise. Admirateur extatique des régimes démocratiques des dirigeants éclairés comme Khaddafi, Ahmandinejad, Poutine, Milosevic, feu Chavez. Il anime un site d’information alternative, Investig’Action, où il se présente volontiers comme spécialiste de la désinformation. Cependant, sa réputation d’homme de gauche est mise à rude épreuve. Car son site abrite les écrits d’un nombre significatif de représentants de l’extrême droite. Au point que même les vrais milieux de gauche s’en inquiètent, comme le montre un article du blog Communisme ouvrier qui épingle ses liaisons dangereuses avec des négationnistes et leurs amis (Jean Bricmont, Chantal Dupille, Paul-Eric Blanrue, Thierry Meyssan), des conspirationnistes (Michel Chossudovsky, Alain Hart, Eric Margolis), partisans du régime iranien (Luk Vervaet, James Petras). Le site de Michel Collon va jusqu’à publier une interview avec Khaled Meshall, dirigeant du Hamas depuis 2004. Pour rappel, le Hamas est considéré une organisation terroriste par l’Union Européenne.

En guise de conclusion

Le temps d’insolence idéologique de la gauche morale est bien révolu, presque avant même d’avoir réellement eu lieu. Fini le temps où les extrémistes devaient se briser le cœur pour choisir entre le Petit Père des peuples et le Führer. Au XXIème siècle, la sinistre parenté des totalitarismes du siècle passé perdure et se nourrit même des nouvelles évolutions sur la scène internationale. Le Parti des Travailleurs de Belgique – PTB, d’extraction stalinienne, est la personnification de ces convergences entre les deux extrêmes. Il est le symbole même d’une gauche qui murmure à l’oreille de l’extrême droite. Voir plus si affinités.

Et son comportement sur les réseaux sociaux, en apparence un fait mineur, anodin, est l’image même de ce que ce parti ferait s’il arrivait vraiment au pouvoir. Il enleverait son masque démocratique qui craque de tous les côtés, pour montrer son vrai visage. Celui d’un groupuscule populiste, sans substance et au discours ambigu, mais aux rêves totalitaires.

 

Laurent Louis, le mensonge jusqu’au bout du souffle

Tout le Royaume a appris récemment, avec stupeur, la formation d’une nouvelle Troïka aux ambitions funestes. DLB, La Droite et Egalitaires s’allient pour envoyer au Parlement bruxellois soit une ex-Socialiste dieudonniste, soit une militante pour les Frères Musulmans, soit un candidat qui compte diviser par deux tout budget social. Dans le pays du surréalisme, les imitateurs de Magritte ne manquent pas. Petit décryptage supplémentaire d’une alliance technique contre-nature.

Dans sa tentative désespérée de sauver in extremis son mandat parlementaire, Laurent Louis fait le pont entre la Rive Gauche et la Rive Droite. Malgré le fait qu’il partage avec Dieudonné les faveurs du Parti Antisioniste de France,comme le montre cette photo avec Y. Guasmi, président de ce parti

Image

 

 

 

 

 

 

 

Malgré la Quenelle d’Or 2012 pour bons et loyaux services apportés à la cause dieudonniste, Laul s’unit avec des “Francs-Maçons financés par le sionisme”. En bref, ceux qu’il prétend combattre. Son ami Soral doit se retourner sur son divan rouge.

Image

 

 

 

 

 

 

 

Pourtant un habituel des grands écarts, Laul n’a pas fini de nous faire rire (et par moment nous faire pitié) avec ses retournements de veste. Ainsi, le même week-end qu’il accueillait dans les caves de Braine l’Alleud la faune antisémite d’Europe, pour le « Congrès de la dissidence » il préparait également une « alliance technique » avec le parti d’Aldo Mungo. Parti simplement et sans chichis dénommé La Droite, afin d’écarter tout doute sur ses orientations politiques à tout naïf qui se posait encore la question. Et pour que l’écart soit total, cette alliance inclut aussi un parti théoriquement opposé, issu de la gauche radicale pro-palestinienne, Egalitaires.

La Droite s’est fait remarquer par un violent discours islamophobe, par un campagne de boycott de la chaîne Quick qui nous servirait du halal à notre insu. Sujet qui a valu à son Président Mungo une plainte du Centre de l’Egalité des Chances et un procès avec le journal Le Soir. Il s’est aussi fait entendre lors l’organisation des Assises de l’Islamisation à Bruxelles. Où il nous annonçait apocalyptiquement que « la tolérance n’est plus de mise » (1). Et autres florilèges contre les sujets d’Allah.

Pour nous prouver encore une fois qu’on vit dans le pays de Magritte, le parti Egalitaire a rejoint ce vaudeville électoral. Issue des quartiers populaires, la formation prétend pourtant se dédier corps et âme à la défense des …Musulmans, Palestiniens de surcroît. Ainsi qu’aux couches sociales paupérisées. Ou encore à la construction de plus de logements sociaux. Parti fondé par des anciens rescapés du PTB, certains d’entre eux obsédés aussi par le sionisme qui, selon eux, nous envahirait de partout. Et quelle méthode plus efficace de lutter contre « l’ennemi » que de s’allier électoralement avec ? Les confluences entre Debout les Belges, La Droite et Egalitaires sont pour le moins étonnantes. Car en apparence, ils n’ont rien d’idéologique en commun, sinon l’opportunisme élevé au rang de doctrine.

Comme si la comédie burlesque et pathétique à la fois n’était pas complète, Laul s’unit en plus avec Aldo Mungo et Egalitaires, pour sauver notamment la potentielle place d’une ancienne…PS de Saint Gilles, Ahlame Lanaya. Admiratrice de Joe Le Corbeau et d’autres abonnés de la justice, pour des problèmes de racisme et antisémitisme.Image

Le président DLB crie haut et fort que le Parti Socialiste est son ennemi numéro 1. Même si l’on nourrit de plus en plus la conviction que l’ennemi principal de Laurent Louis est Laul. Mais aucun de ces dissidents « anti-système » ne semble s’émouvoir que la candidate en tête de liste DLB au Parlement Bruxellois provienne du principal parti au gouvernement.

A chacune de ses interventions, Laul nous assure le voyage en Absurdie. Et il semble avoir trouvé un interlocuteur sur mesure dans la personne d’Aldo Mungo. Pourtant, leur idylle au parfum électoral n’était pas la même l’année passée. Pour rappel, le Président de la Droite affirmait lors d’une conférence de presse en avril 2013 que  « Le seul avec qui l’on ne parlera pas, c’est Laurent Louis! » (2). Sinon, il s’annonçait ouvert à tout.

La réaction de Laul ne tarda pas :  « ça tombe bien, je ne veux pas parler avec ces racistes islamophobes ! La Droite, c’est un nouveau leurre politique à la Modrikamen. Organe franc-maçon financé par le sionisme ! »

Image

Laul s’imagine en plus stratège, même si ça doit être la n-ième stratégie qu’il tente d’appliquer pour sauver sa place. Le fin limier annonçait sur son mur Facebook qu’il  y voit un « acte technique et stratégique » qui permettra à ces partis d’additionner leurs scores respectifs pour espérer atteindre le seuil d’éligibilité de 5%. Et au passage, Laurent Louis conclut : « Je me réjoui (sic) d’avoir conclu un tel accord avec Aldo Mungo, le président de La Droite, et Amina Amadel, responsable du mouvement Egalitaire. »

Une Amina Amadel moins connue du public, mais qui apporte son vif soutien à la cause d’Ali Aaras, emprisonné au Maroc pour terrorisme. Qui signe au nom d’Egalitaires pour l’annulation de tous les procès des Frères Musulmans en Egypte (3) . Tête de liste du parti Egalitaires au Parlement bruxellois, elle est donc une autre bénéficiaire potentielle de l’alliance technique entre les trois formations mentionnées.

Tout comme, forcement, la tête de liste de La Droite à Bruxelles. Le dernier qui pourrait  profiter de cette alliance technique est Michaël WILLEMAERS, Directeur de campagne du parti d’Aldo Mungo. Laul et Egalitaires, qui prétendent soutenir les couches populaires, se sont donné la main pour aider un candidat qui affirme, entre autres, qu’il faut réduire le budget social. Laul creuse dans la misère de la société et veut séduire un électorat maghrébin quenellisé anti-système. Mais il s’allie avec une droite qui se veut ultra-libérale. DLB se dit favorable au voile, tout comme Egalitaires, tandis que La Droite veut stopper l’immigration. La Droite se prononce pour une interdiction stricte des signes religieux dans les administrations et les entreprises, pour une interdiction de l’abattage rituel, pour une réforme du code de nationalité et un « stop migratoire ». (4)

Conséquence de cet « accord technique » : en votant pour le très droitier parti de Mungo à Bruxelles, l’électeur risque d’envoyer un élu de Debout Les Belges au Parlement ou Egalitaires… et vice-versa. Alors que ces partis présentent des programmes diamétralement opposés.

Bref, en votant Debout Les Belges, La Droite ou Egalitaires à Bruxelles, l’électeur risque d’exprimer un choix dont la conséquence sera l’élection d’un représentant du courant opposé. Les premiers se présentent comme les défenseurs absolus, voire pathologiques, de l’antisionisme et de l’antimaçonnisme… et voient dans leurs nouveaux alliés des « Francs-Maçons financés par le sionisme ». Allez comprendre… Vous aimez les chats ? Très bien : on vous offre un chien !

1. https://www.youtube.com/watch?v=s8NSXJVWUEc

2. http://www.rtl.be/info/belgique/politique/995282/voici-un-nouveau-parti-politique-la-droite-entre-le-mr-et-le-fn-video

3. http://www.egalitaires.be/index.php/actualite/24-international/145-declaration-du-parti-des-egalitaires-au-sujet-de-la-condamnation-a-mort-de-529-personnes-en-egypte-2

4. http://www.ladroite.be/CommuniqueView.aspx?ComId=34